COVID-19, tuberculose, Ebola, Zika : lorsqu'une crise sanitaire frappe une communauté isolée ou autochtone, que se passe-t-il habituellement ?
Le schéma habituel, explique Rachel Kiddell-Monroe, veut qu'un acteur majeur de l'aide humanitaire débarque sur place pour mettre en œuvre une solution externe et standardisée ; qu'il s'en lave ensuite les mains en se demandant pourquoi la crise persiste ; pour finalement redoubler d'efforts.
C'est un cercle vicieux, perpétué par un système d'aide mondial ancré dans le colonialisme. Avec la SeeChange Initiative, Rachel propose toutefois une refonte radicale de ce système : une approche qui transfère le pouvoir, le financement, la conception et la mise en œuvre directement aux communautés confrontées aux crises. La SeeChange Initiative œuvre à l'échelle mondiale pour aider les communautés à élaborer leurs propres réponses aux crises sanitaires. Elle collabore également avec des organisations humanitaires établies — comme Médecins Sans Frontières — afin de démontrer l'efficacité des solutions portées par les communautés elles-mêmes.
La SeeChange Initiative a co-conçu une série d'ateliers et de cercles de parole, animés par la communauté et menés en inuktitut, qui portaient sur la compréhension de la tuberculose par la communauté et sur les expériences personnelles vécues par ses membres face à cette maladie. « Les gens avaient besoin de parler de ce qui leur était arrivé : pourquoi on les avait envoyés loin de chez eux, pourquoi on les avait attachés à un lit, pourquoi on les avait opérés, pourquoi on leur avait retiré leur bébé. À la fin de la semaine, ayant eu l'occasion de s'exprimer et d'être entendus — et grâce à une meilleure compréhension de la situation —, ils étaient davantage prêts à jouer un rôle de premier plan dans la co-conception d'une stratégie de prévention et de traitement de la tuberculose. Et par la suite, lorsque la COVID-19 a éclaté, ces mêmes leaders étaient prêts à co-créer une stratégie pour faire face à la pandémie. Cette communauté n'a enregistré aucun cas pendant 18 mois. Et lorsque la COVID-19 a fini par faire son apparition, ils ont réussi à la maîtriser. » En mettant en place des fonds perpétuels à base communautaire — dont la propriété revient aux communautés elles-mêmes, souvent vulnérables —, la SeeChange Initiative vise à réorienter le financement des crises : des grandes organisations humanitaires vers les communautés locales. « Les acteurs locaux, affirme Rachel, sont mieux placés pour apporter l'aide plus rapidement, plus efficacement et avec une compréhension infiniment plus fine des contextes culturels locaux. »
Dans le cadre de ses interventions liées à la COVID-19, la SeeChange Initiative a entrepris de tisser des liens entre des communautés isolées et autochtones à travers le monde, et envisage désormais d'étendre ces réseaux.
« Nous comptons des militants extraordinaires au sein de communautés s'étendant du Nunavut au Pérou, de la Sierra Leone au Venezuela, et bien au-delà », explique Rachel. « Ce sont eux, les véritables acteurs humanitaires ; ceux qui sont sur le terrain, qui défendent leurs communautés et les protègent, coûte que coûte, contre les menaces sanitaires et climatiques. Ainsi, plutôt que d'envoyer une grande organisation humanitaire internationale en Sierra Leone, on peut imaginer des communautés du Pérou partageant leurs stratégies avec celles de la Sierra Leone et du Nunavut — lesquelles pourraient, à leur tour, partager leur sagesse avec les peuples autochtones du Brésil, et ainsi de suite. C'est une solution d'un tel bon sens qu'elle soulève une question évidente : pourquoi n'est-elle pas déjà mise en œuvre ? »